Ferréole Lespinasse accompagne et forme organisations, entreprises et collectivités publiques, en langage clair, depuis 2009. Experte en sobriété éditoriale, elle est l'auteur du Guide de la Sobriété Éditoriale : Sobriété éditoriale, le guide pour écoconcevoir vos contenus, dont la 2e édition vient de paraître, un projet soutenu par l'ADEME.
Propos recueillis par Moly Richez, cofondatrice d’Internet 2000
27 août 2025
Ferréole Lespinasse : En communication, j’ai toujours été effarée par la quantité de discours inutiles : on parle beaucoup pour ne rien dire. Avec l’arrivée des réseaux sociaux et des sites web, la consigne dominante est devenue : « publier beaucoup pour être visible ». Résultat : une cacophonie.
Au départ, je parlais d’« écologie éditoriale » en réaction à ces injonctions de publier toutes les semaines, voire plusieurs fois par semaine, souvent pour remplir des cases plutôt que pour apporter de la valeur..
Quand j’ai découvert la sobriété numérique, j’ai adapté le concept : sobriété éditoriale. J’ai alors structuré l’approche, en abordant la fréquence de publication à interroger, la charge mentale du lecteur et du communicant à respecter et l’empreinte environnementale du web.
F.L. : Exactement.
En communication, on est souvent considéré comme « fusible » : si un événement ne marche pas, on blâme la communication, même si le problème vient du contenu ou de l’offre. Alors certains communicants préfèrent « en faire beaucoup » pour qne pas se faire reprocher un manque d’effort… mais c’est une erreur.
Un exemple : j’ai formé récemment un groupe de bibliothécaires. Le constat : publier sur les réseaux ne remplit pas les événements. En revanche, un rappel direct par les équipes d’accueil a plus d’impact. La clé : ne pas se limiter au digital.
F.L. : Le guide existe également en version numérique, mais le papier reste pertinent ici.
Parce que c'est un support que j’affectionne. Parce que c’est un outil pratique : il doit pouvoir rester sur un bureau et se feuilleter facilement.
Et puis, publier un livre permet de reconnaître la maternité d’une œuvre grâce au droit d’auteur.
Depuis la première édition en 2022, j’ai bénéficié de 3 ans de retours terrain. Nous avons révisé toutes les bonnes pratiques avec un groupe de travail : certaines ont été reformulées, d’autres supprimées ou ajoutées. Trois nouvelles rubriques sont apparues : réseaux sociaux, supports imprimés et IA générative.
J’ai également intégré un référentiel de conformité. il comporte , pour chaque bonne pratique, une règle de validation permettant de s’auto-évaluer. Ce référentiel est disponible en français et en anglais.
F.L. : Parce que l’IA facilite la production de contenu, mais pas forcément de contenu de qualité. On risque donc une saturation informationnelle encore plus forte, rendant les messages inaudibles.
La sobriété éditoriale, c’est ralentir, privilégier la pertinence et l’utilité et reconstruire la confiance envers les marques et institutions.
F.L. : C’est un regard critique et constructif à chaque étape de création d’un contenu : décider si communiquer est pertinent ; penser au cycle de vie (création, diffusion, mise à jour, archivage ou suppression) ; réduire l’impact environnemental ; respecter la charge mentale du public et des communicants ; améliorer la cohérence et la visibilité.
Contrairement à une idée reçue, la sobriété est compatible avec la performance : mieux vaut 50 pages utiles qu’un site de 350 pages dont 300 ne servent à rien. Ces pages seront disqualifiées par les moteurs de recherche, mettant à mal la réputation du site et donc sa performance.
F.L. : Les 48 bonnes pratiques du guide sont réparties selon les étapes de production : définir le message, structurer, rédiger, optimiser, piloter.
Si je devais en retenir quatre :
Ces bases suffisent déjà pour un « audit de surface » rapide.
F.L. : Moins de surcharge mentale pour les publics, un meilleur passage à l’action, une image plus cohérente, et souvent : optimisation du temps et du budget de production.
Les sites dont le contenu est qualifié et à jour, dont les pages obsolètes sont supprimées, voient leur trafic augmenter.
En interne, la sobriété éditoriale redonne du sens et du confort aux équipes.
F.L. : On sait que 80 % des impacts se jouent dès la conception. Le contenu a donc un rôle clé : dimensionner au plus juste pour éviter de produire inutilement. L’idéal est de travailler le contenu avant le design et le développement, pour guider la structuration, l’arborescence, les fonctionnalités.
Ensuite, dans la rédaction et le pilotage, on privilégie la concision, la pertinence et on limite les formats lourds.
Pour les images, on s’interroge : sont-elles informatives ? décoratives ? Peut-on remplacer certaines par des pictogrammes réutilisables ?
Enfin, la partie décommissionnement des contenus obsolètes est très importante, pour éviter de conserver en ligne des contenus inutiles.
F.L. : En parlant leur langage : meilleur référencement, baisse du taux de rebond, hausse des positions, amélioration de l’expérience utilisateur et de l’image. Mais il faut reconnaître que les opérationnels sont souvent plus réceptifs que les décideurs, car ils subissent les problèmes au quotidien.
F.L. : La sobriété éditoriale, c’est donner du sens à son métier. On agit de manière responsable et qualitative. Arrêtons de publier pour publier : visons la pertinence.
Et n’oublions pas : les concepts, c’est bien. Les mettre en pratique, c’est mieux.
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